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    Mysticisme nippon

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    Eden
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    Messages : 65
    Date d'inscription : 03/08/2012
    Age : 33
    06082012

    Mysticisme nippon

    Message par Eden

    « Voir est plus important que regarder, la règle est de voir sans voir, de percevoir sans fixer l’attention, de pressentir et non de parer ou de répondre à une attaque, ce sont les yeux intérieurs qui voient. »
    Miyamoto Musashi

    Un pays de rites

    Le Japon a toujours été bercé de nombreuses croyances, imprégnant profondément la société. De la même façon que la religion shintô fait partie (presque inconsciemment) de la culture du pays, ces croyances sont omniprésentes au coeur de la population Japonaise, influençant parfois intimement les relations entre les personnes. La plupart de ces superstitions tournent autour du plus important des tabous : la mort. Issu de croyances séculaires, liées aux maladies colportées par les cadavres, ce tabou est encore présent aujourd’hui et a donné naissance à de nombreuses craintes, tout comme celui du sang (lié au sang de la naissance). Pour le shintô, l’âme du défunt est souillée par sa propre mort et seuls des rites de purification peuvent lui permettre d’oublier sa colère et de devenir bienveillante. Ainsi tous les individus amenés à travailler avec « la mort », qu’il s’agisse de médecins légistes ou d’équarisseurs travaillant dans des abattoirs, sont parfois considérés comme des personnes différentes, que le contact régulier avec la mort a souillés. En 2046, officieusement bien sûr, certains droits leur sont encore interdits et certaines banques refusent même de leur ouvrir un compte dans leur établissement.
    Parmi les multiples superstitions Japonaises, on peut notamment citer l’appréhension du chiffre 4 («shi» qui se prononce comme «mort») ou du chiffre 9 («ku» - souffrance). Inutile de chercher une place de parking ou une chambre d’hôtel marquée du chiffre 4, ces dernières n’existent pas, tout comme les marques de voitures ou d’appareils portant ces chiffres dans leur sigle.
    Il est également déconseillé de dormir la tête au nord (position dans laquelle on enterre les morts), de planter les baguettes dans votre bol de riz (référence au rite funéraire) ou de ne pas cacher vos pouces lorsque vous passez devant un corbillard ou un cimetière.

    Même si la population se rend juste épisodiquement dans les temples et les sanctuaires, sans faire preuve d’une croyance démesurée, elle poursuit les anciens rites et traditions comme de simples habitudes familières. Tout le monde possède des porte-bonheur shintô chez lui, comme une flèche en bois pour protéger le foyer. Les festivals shintô (ou Matsuri), très nombreux durant l’année, sont vécus comme de simples festivités populaires sans que personne ne puisse clairement affirmer qu’il croit fermement aux esprits, aux kami et à l’au-delà. Et pendant que des choses inexpliquées s’échappent des ombres depuis l’Incident Kuro, tout le monde préfère les ignorer et ne croire qu’en la science ou en des théories plus terre à terre.

    Un monde de silence

    Que s’est-il passé ce 4 mai 2046 ? Par quel miracle le missile Panasiatique a-t-il disparu dans les airs, ne laissant comme seule trace de son passage que quelques perturbations électromagnétiques ? Tandis que la majeure partie du Japon se contente d’observer le blocus et de douter de la bonne foi de leur gouvernement ou des voix internationales, d’autres surveillent avec inquiétude les différents faits divers se multipliant sur l’Archipel. Oh, rien qui puisse véritablement bouleverser la vie des habitants ou qui soit aussi visible et inquiétant que la pression internationale et les difficultés quotidiennes. Juste quelques détails, de minces lignes rédigées dans un coin de journal téléchargé sur votre moniteur flexible.

    Comment pourrait-on en vouloir à une population inquiétée par l’actualité, par la confusion économique, les licenciements et les faillites personnelles ? Dans une atmosphère d’intimidation et de privations, chacun tente de continuer à vivre, arpentant les commerces de Shibuya comme autrefois ou sortant en boîte de nuit pour oublier le quotidien. Et dans une telle ambiance d’oppression, on a mieux à faire que de décortiquer un crime, une disparition ou un phénomène inexpliqué dans un bloc de maisons de Roppongi.

    Pourtant, depuis l’Incident Kuro, des témoins parlent de bruits, d’odeurs, de hurlements et de présences monstrueuses dans des usines. Certains affirment être persécutés par des disparus, être possédés par des esprits malveillants ou avoir été attaqués par des machines démentes.
    Mais si leurs histoires sont systématiquement noyées dans les reportages à sensation au sujet du blocus, elles ont attiré l’attention des plus croyants, des plus superstitieux et de tous ceux qui ont déjà été confrontés à des manifestations surnaturelles. Dans une société hyper-technologique, étouffée par ses cloisonnements et asphyxiée par les autres pays, ces derniers sont perçus comme des illuminés ou de simples oiseaux de mauvais augure. Qui pourrait croire que le Yokai, le monde des esprits, s’est ouvert et a laissé pénétrer dans le monde réel toutes les créatures du folklore,
    comme les yosei, les yûrei ou les bakemono ? Qui pourrait croire que la bombe à neutrons envoyée par la Fédération Panasiatique ne s’est pas simplement dissoute grâce à un dispositif de défense sophistiqué ?
    Dans le silence général des médias, rangeant toutes ces disparitions et actes de cannibalisme dans la case des faits divers et autres « conséquences psychologiques liées au blocus », d’autres ont émis des hypothèses plus inquiétantes.

    Un univers de complots

    Pour tous ceux ne se limitant pas aux théories sur l’existence ou non d’un bouclier anti-atomique, l’ouverture des portes de l’au-delà reste une réalité.
    Ces derniers évoquent régulièrement le Kamikaze, le Vent des Dieux, qui protégea l’Archipel deux fois de suite en 1274 et 1281, terrassant les envahisseurs mongols de Kubilai Khan à l’aide de typhons dévastateurs. Sans que l’on sache pourquoi, les esprits auraient protégé une nouvelle fois le Japon après des siècles d’absence, détruisant le missile mais fragilisant la frontière entre visible et invisible. Et pendant que ce vent divin continue à balayer les îles du Japon, des créatures du Yomi-No-Kuni ont profité de l’occasion pour venir souiller la terre. Rien de plus normal après presque 800 ans d’emprisonnement dans les brumes de l’ailleurs.

    Les prêtres shintô ne parlent pas de cet «enfer», loin des stéréotypes chrétiens habités de sinistres pêcheurs souffrant dans les flammes et faisant trop écho à la mort et aux cadavres. Pour eux, chaque être est amené à devenir un kami, un esprit pur, rejoignant les myriades se cachant derrière chaque chose ou les humains devenus de véritables légendes de leur vivant. Pourtant, même si cet endroit reste tabou, certains évoquent des âmes souillées par le sang, les meurtres et les pensées impures. Lorsque ces derniers meurent, il ne peuvent rejoindre les kamis et parviennent donc jusqu’au Yomi-No-Kuni, le Pays des Sources Jaunes, où ils se transforment en démons et âmes errantes, responsables des désastres et épidémies frappant le Japon. D’autres, les magagoto, sont parfois trop souillés pour rejoindre cet enfer, refusant les ablutions des prêtres et résistant à leur purification. Ils errent alors sur terre, l’esprit ravagé par le Mal et par l’eau noire des pulsions les plus ignobles.

    Délire ou réalité ? Toujours est-il que des silhouettes écailleuses rôdent parfois sur le port et que des fantômes vengeurs sont accusés d’avoir terrassé de peur des habitants d’un immeuble d’Ochanomizu.

    Avec l’influence du blocus, les cerveaux s’emballent et les spéculations s’accélèrent, en marge des discours politiques et des préoccupations des habitants. Des groupes informels se forment, des sectes s’emparent des événements, des peurs ressurgissent derrière les immenses buildings de verre et d’acier. Mais qui faut-il croire ? Ceux clamant que les forces étrangères testent des produits chimiques sur les habitants, ceux évoquant la fin du monde, l’ouverture des enfers ou le fait que le Japon a été détruit le 4 mai et que tous les habitants se trouvent désormais dans le royaume de la mort ?
    Dans l’indifférence de l’homme de la rue, ces mouvements minoritaires disposent de forums sur le NeoWeb, de bureaux spécialisés, conçoivent des artefacts Occultech en mélangeant technologie et rituels, et n’hésitent pas à interpeller les habitants par la voie de sites pirates. Les nombreux
    exorcistes de Shin-Edo ont beau expliquer que les esprits malins ont suivi le souffle du Kamikaze, rien ne paraît vouloir convaincre les Japonais de l’existence de créatures impalpables. Les rares témoins d’événements surnaturels ont honte d’en parler, par peur d’être traités de fous, et déshonorés. Persuadés d’être victimes d’hallucinations ou trop désorientés pour pouvoir s’exprimer librement, ils se contentent de vivre dans la crainte et de s’enfermer à double tour chez eux.

    Pourtant, chaque jour, des disparitions restent inexpliquées et les forces de police ont toutes les peines du monde à comprendre certains crimes ou les mobiles de violents suicides de groupes. Dans les ruelles des quartiers illuminés, aux façades chargées de publicités holographiques, des corps sont retrouvés noyés, éventrés ou couverts d’insectes…

    Un Ilot de vérité

    Au milieu de cette prolifération de phénomènes inexpliqués et de la pression du blocus, certains parviennent parfois à apercevoir une bribe de vérité. Souvent victimes de cauchemars, de visions et d’hallucinations qu’ils ne comprennent pas, ils cherchent à comprendre l’origine de leurs pressentiments avant de se retrouver confrontés à des créatures cauchemardesques. Très intelligentes et discrètes, ces dernières sont comme les ombres sur les murs, se pliant à la manière d’origami pour ne laisser aucune trace de leurs forfaits. Une menace sourde et incompréhensible.
    Et pour des personnes ordinaires, devoir lutter contre des êtres auxquels personne ne prête attention est comme affronter le vent impalpable du Kamikaze.

    Mais une chose est certaine : elles sont là.
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